Dans ses bras

Il y a quelques jours, je suis remontée sur Paris pour mon rendez-vous médical annuel. J’avais demandé à Malik s’il pouvait m’héberger. Je ne pensais qu’à cela dans le train. Je ne pensais qu’à cela dans la salle d’attente, je ne pensais qu’à cela alors que j’écoutais Caroline me raconter sa vie, alors que je commandais un verre dans le bar avec Marine…

Je pensais au métro que je prendrai pour aller jusqu’à chez lui. A nos retrouvailles. Il était à un concert et il avait glissé sa clé sous le paillasson pour que je puisse rentrer chez lui quand je le souhaitais. Je suis arrivée avant lui. J’ai juste eu le temps de prendre une douche et de bouquiner un peu avant d’entendre la clé tourner dans la serrure et mon cœur faire un arrêt.

Il était là, encore vibrant du concert de Youssoupha. Il se prit à manger et s’assit face à moi. Il me demanda alors comment ça allait dans ma vie. Je lui dis que ça allait bien. Je n’ai jamais été aussi entourée et pourtant je ne me suis jamais sentie aussi seule. Je ne lui donnai pas l’occasion de rebondir et lui retournai la question. Il me dit qu’il était heureux. Qu’il travaillait beaucoup, que ça lui faisait du bien. Il se concentrait sur lui, sa routine, le sport, le travail, ses amis.

Il me demanda si je préférais dormir avec lui ou sur le canapé. Je répondis le canapé. Je m’étais promise de rester raisonnable et de ne pas tenter le diable. Il me répondit OK comme si de rien était. Mais au moment où il commençait à essayer de déplier le lit, je l’interrompis et lui dis que j’allais dormir dans le lit.

Dans le lit, avant de dormir, il me fit la lecture du livre qu’il était en train de lire. C’était un petit livre sur un garçon qui parle de ses parents et de leur façon de s’aimer, de danser ensemble. Il me dit bonne nuit et nos regards se croisèrent alors qu’il éteignait la lumière. Je me tournai face au mur, une voix me criant de dormir et de faire comme si j’étais seule dans ce lit, une autre me suppliant de lui demander un câlin pour combler ce manque de chaleur humaine que je traine depuis des mois. Je me battais et me tournais dans tous les sens contre moi-même. Il finit par me faire remarquer que je bougeais beaucoup. Je sentis ma peur bruler au fond de mon estomac mais, ma voix sortie quand même, à demi avalée : « Est-ce que tu peux me prendre dans tes bras ? ». Il n’hésita pas une seconde, il les ouvrit en grand et me dit de venir. Je me sentis fondre dans sa chaleur enveloppante. Il savait comment me serrer contre lui. Je revis toutes ces soirées en solitaire défiler, des soirées à essayer d’imaginer un tel moment. Mon corps n’était plus qu’un rush de dopamine. Je n’avais plus envie de dormir. J’avais envie de passer la nuit à sentir son odeur, sa douceur contre mon corps.

Sa respiration finit par me bercer et je sombrai bientôt. La nuit fut alors une suite de micro réveils et changements de position de câlins. Nos corps trop chauds ou trop immobiles finissaient par nous forcer à bouger mais chacun de nos mouvements avaient pour objectif de nous remettre dans les bras l’un de l’autre. Parfois il me faisait un baiser dans le coup avant de me serrer fort contre lui et de sombrer à nouveau.

Je n’ai aucun regret. Je sais que j’ai respecté mes limites. Nous ne nous sommes pas embrassé alors que nous aurions pu à de multiples reprises. Il n’y a rien eu de plus entre nous que ces étreintes. Je sais que ce ne sont pas les étreintes que des amis feraient. Evidemment. Mais je sais aussi que ce n’était pas quelque chose d’important ou d’assez important pour vouloir dire quoi que ce soit.

Il vit au présent et est complètement détaché du reste. Il se fiche des conséquences de ses actions. Je ne suis qu’un petit grain de sable dans son quotidien. Quand il m’écrit dans son calendrier, il m’écrit en tout petit et non en majuscule comme ses autres amis ou proches.

Il me dit que je pense pour lui. Et c’est vrai que j’ai tendance à penser non pas à la place des autres mais aux autres. Je me soucis des autres, de leur bonheur, de leur confort. Il a une certaine condescendance parfois qui me fait du mal. J’ai l’impression de me retrouver dans cette situation où je suis face à mon père, petite et fragile. Mon père qui me traitait d’idiote, qui me disait que je ne comprenais rien, qui me faisait me sentir minable. Si on se revoit il faudra que je lui dise que sa condescendance me blesse, qu’il n’a pas à me juger de la sorte.

Je l’aime autant que je le haie. Il m’effraie autant qu’il me fascine. Nous sommes si différent que je ne comprends pas vraiment pourquoi est-ce qu’il souhaite autant me garder dans sa vie. Quand je suis partie, j’ai ressentie ce besoin de me retrouver seule, d’écrire, de me poser dans un parc et de repenser et trier toutes ces pensées. Une nuit avec lui et je me sentais émotionnellement épuisée, vidée. J’avais l’impression d’avoir vécue une semaine en une nuit. C’était comme si dans ses bras le monde avait tourné sur avance rapide et j’avais besoin de prendre quelques heures pour récupérer de ce changement d’univers, de rythme, me réadapter à un monde plus lent et prosaïque.

De l’extérieur, toute cette histoire ressemble à une belle et grande relation toxique. En tout cas, une relation déséquilibrée, qui ne me rend pas heureuse. J’en ai conscience, toutes mes amies me disent la même chose. Cet homme est un con. Parfois je pense qu’elles ont raison et que je devrais couper les ponds et faire ma vie comme s’il n’avait jamais croisé mon chemin. Plus le temps passera et plus je me sentirai paisible. Plus je l’oublierai.

Une autre part de moi me dit que si je veux réellement en finir je dois être assez forte pour passer à autre chose sans avoir besoin de couper les ponds. Si je le souhaite, je peux arrêter de le voir, de faire que nos chemins se croisent. Peut-être qu’il ne comprendra pas mon silence mais je serai toujours là d’une certaine manière. Et lui sera toujours là aussi. Parce que je ne veux pas le perdre. Cela n’a aucun sens pour beaucoup de gens et je ne pourrai surement jamais l’expliquer de manière rationnelle mais il a un rôle à jouer dans ma vie. Je le sais.

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s