Maladie

Je mentirais si je disais que tout va bien. Je souffre et suis malade depuis 3 mois maintenant. L’année n’avait pas bien commencé mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle puisse évoluer de manière aussi radicale et dure. Dure au point de me donner envie d’en finir. Imaginer toute sorte de méthodes pour mettre fin à mes jours : euthanasie, sauter d’un pont, rouler à 100 km/h dans un mur. Toutes les méthodes possibles et imaginables pour ne plus ressentir de douleurs.

Je prends une journée après l’autre. J’essaye de positiver, je me dis que rien ne dure et qu’il y aura un moment de répits, un jour, peut-être. Le plus frustrant dans toute cette situation c’est que mon cerveau continue d’avancer, d’avoir envie de vivre, faire des choses, créer … mais mon corps ne suit pas. Je dois prendre mon mal en patience et repousser encore et encore tous mes projets photos. Je fais quelques petites choses par-ci par-là mais ce n’est rien comparé à ce que je rêve réellement de faire.

J’ai 27 ans et j’ai l’impression d’avoir usée mes bonnes batteries. Celles qu’on a quand on est enfant, celles qui se rechargent facilement avec une bonne nuit de sommeil. Les miennes sont rouillées, trouées et je n’arrive plus à faire quoi que ce soit avec.

Je comprends aujourd’hui ce que peuvent ressentir beaucoup de personnes souffrant de maladies ou handicapes lourds, chroniques, irrémédiables. La maladie, c’est quelque chose que l’on ne peut pas comprendre tant que l’on ne la vit pas au quotidien. Qu’on ne se lève pas chaque matin en pensant à elle, qu’on ne passe pas chaque heure de la journée à jongler entre respiration et douleur. Qu’on ne voit pas dans le regard des gens cet air de pitié, d’inquiétude, de compassion qui fait mal au cœur parce que l’on sait au font qu’ils ne comprennent pas. Personne d’autres que les malades comprennent. Et alors, la solitude s’installe. Une solitude assourdissante, effrayante.

J’avais créé ce blog pour parler d’amour et de romance. Je tentais de rester positive, montrer le bon côté de toutes mes périodes de vie. Cacher ce qu’il pouvait y avoir de sombre, tabou. Durant ces derniers mois, j’attendais une rémission pour me remettre à écrire. J’attendais avec impatience le moment de pouvoir écrire ces quelques mots « ça va mieux ». Mais ces mots ne viennent pas, pas encore. Alors j’écris quand même, même si j’ai cette superstition idiote qui est qu’écrire sur mon malheur ne fera que le perpétrer. J’écris parce qu’actuellement c’est la seul chose qui me fait du bien, qui me sort un peu de moi et me donne l’occasion d’extérioriser mon mal être physique.

Il y a un an, au premier confinement, le temps semblait s’être figé et l’on attendait avec impatiente qu’il accélère, reprennent son cour. Aujourd’hui j’ai l’impression que le monde va trop vite et que je dois m’arrêter de courir après lui. J’ai l’impression que les mois et les semaines s’enchainent trop vites et que je dois courir après le temps, les moments de répits, de repos. J’ai parfois envie de tout arrêter pour ne plus avoir rien à penser que mes problèmes de santé. Arrêter mon travail, mes études. Arrêter de me projeter dans un futur qui n’existe pas et que je n’arrive pas à imaginer dans mon état actuel. Les malades n’ont pas de futur. Ils n’ont que le présent, et le présent file à toute allure. La plupart des gens n’aiment pas le présent, la plupart des gens passent leur temps dans le futur, à imaginer, prévoir, rêver. Qu’est-ce que j’aimerais faire parti de ces gens.

Je me rends compte de tout ce à quoi je n’ai plus l’énergie de penser, de me soucier. L’avis des gens m’importe de moins en moins, mon futur aussi, les attentes des uns et des autres. Parfois j’ai l’impression d’être devenu plus égoïste, parfois je n’entends plus les gens autour de moi. Parfois je suis enfermée dans ma tête et je n’arrive pas à en sortir. Curieusement, j’ai découvert que j’aimais prendre le volant et rouler. Il y a quelques années j’avais une grande appréhension de la route et la conduite. Aujourd’hui je l’accueille avec délice. Quand je roule, je ne pense plus à moi, je vois le monde défiler, je suis dans le présent, attentive à tout ce qui m’entoure.

Parfois je repense à cet ami décédé il y a quelques années. Parfois je me dis que ce serait tellement plus simple d’en finir. Plus de questions, plus de maladie, de douleur. La seule chose qui me garde en vie aujourd’hui ce sont mes proches, ma mère et ma sœur. Ces deux être que j’aime le plus au monde et qui sont là pour moi. Je n’imagine pas ce qu’elles ressentiraient si je n’étais plus, comme je n’imagine pas un monde, mon monde sans elles. Cette maladie m’a fait prendre conscience de la valeur de cette petite famille en or.

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