Rester humain

Cela va faire bientôt plus d’un mois que c’est terminé. Que je ne l’ai pas revu. Je ne pleure plus mais je pense tous les jours à lui. Il ne se passe pas une journée sans qu’un souvenir surgisse à l’improviste. Le plus difficile c’est quand je n’ai aucune tache spécifique à effectuer. Je suis plus tentée de laisser aller mes pensées et ruminer ce que je devrais laisser de côté. Ma sœur m’a dit d’essayer la colère. J’aimerais l’être et pouvoir faire la liste de tous ses défauts pour trouver une raison logique à cette séparation. Mais je n’y arrive pas. Il était tout ce que j’ai toujours espéré d’un compagnon de route. Il avait le respect, l’écoute, la tendresse, la patience, l’humour, la force, l’intelligence, la douceur, la vulnérabilité, la sensibilité. J’aime sa sensibilité. Elle m’a séduite dès nos premières discutions. Je n’ai pas été très surprise quand j’ai découvert qu’il aimait autant que moi écrire et se perdre dans des playlists de musiques. De ce côté là on se complétait parfaitement et j’adorais lui faire découvrir tous mes coups de cœur du moment. Très souvent, il les aimait aussi.

Parfois j’aimerais lui écrire de longs messages. Parfois, je cède à la tentation et je lui envois un message en spécifiant qu’il n’est pas obligé de répondre. Je crois que ce qui me manque par dessus tout c’est d’avoir cette personne avec qui échanger, cette personne à qui me confier, avec qui rire. L’autre nuit j’ai eu la terrible envie de sentir sa main dans le lit à mes côtés. La main que je prenais toutes les nuits dans la mienne, à demi endormie. Maintenant je sens l’absence de cette main et de ce corps chaud et accueillant à mes côtés. Le même corps qui m’a réchauffé quand je suis rentrée une nuit de tournage au mois de mars. Frigorifiée après un tournage en extérieur. Il m’a serré fort contre lui jusqu’à ce que mes tremblements s’arrêtent. Il était mon pilier. Il était la flamme rassurante qui brûle la nuit et veille sur mes cauchemars. Parfois je relie ses extraits de journaux qu’il m’a confié. Il parle de moi et de la façon dont il me voit. Enfin c’était il y a trois ans. Il raconte comment je l’ai pris par surprise. Parfois j’ai envie de le supprimer de mes contacts pour ne plus pouvoir lui écrire. Mais une part de moi sait que je le regretterai un jour. Parfois je suis jalouse de lui. Jalouse de la facilité avec laquelle il reste froid. Récemment il m’a envoyé la clef de notre appartement. Dans une enveloppe, sans aucun mot. Ses sms sont aussi rigides : des listes avec des tirets. Il a cherché un carnet pendant une semaine et ne s’est pas dit une seconde qu’après avoir vécu 3 ans avec moi, je saurais peut-être où il se trouve… Non, il renie toutes ces semaines et ces jours d’amour et de complicité.

Parfois j’essaye d’être compréhensive et me dire que c’est aussi dure pour lui. Il a autant de souvenirs que moi. On a une histoire commune à oublier. En plus de cela, il part à l’étranger, doit quitter ses repères et s’en créer de nouveaux en période de crise. Comment ne pas être compréhensive ? Il a surement plein de choses en tête, plein de choses à préparer, de la paperasse à faire, des choses à mettre en ordre, des notions à apprendre pour son nouveau poste. Oui, parfois je vois aussi qu’il est humain et que je ne suis pas la seule à vivre une période compliquée. Mais parfois, je me dis qu’on aurait pu vivre cette période bien mieux avec plus de compassion, plus de tendresse l’un envers l’autre. Après tout, on reste humain.

Mais non, il ne veut pas. Alors tant pis. J’ai mis à la poubelle la dernière part de dignité qu’il me reste. L’autre soir je suis allée à une soirée organisée par des amis d’enfance. Il y avait une personne sur qui j’ai toujours eu un énorme crush. Cette personne est en couple. Cela ne nous a pas empêcher de nous embrasser dans l’obscurité d’un bois à côté de la maison de nos amis. J’avais envie de me perdre dans ses bras et lui dans les miens. Le temps d’une soirée. Le lendemain j’ai eu terriblement honte. Honte d’avoir menti, honte d’avoir cédé. Alors j’essaye de me rassurer et me dire que je reste humaine. Et puis la vie a le don de nous offrir des surprises dans les moments les plus inattendus. Ce crush je l’ai depuis 7 ans au moins. C’est l’un des seuls hommes qui m’ait autant troublé. Quand il est dans la pièce, que j’entends sa voix, mon corps tout entier en tremble d’adrénaline. J’ai toujours ressenti un lien entre nous sans savoir si cela venait du fait que l’on est ami et que l’on s’est vu grandir ou s’il y avait plus. On était ami, et maintenant je ne sais pas trop ce que l’on est. Je ne regrette pas ce baiser, il était passionné, doux, tout ce que j’ai toujours rêvé de lui. Mais j’ai peur aussi de ces sentiments qui explosent en moi alors que je suis encore en train de laver ceux que j’ai pour mon ex. Ce n’était pas le bon moment, c’était trop tôt.

Heureusement dans quelques jours je serai de retour sur Bordeaux. Je vais pouvoir me plonger dans mon travail, la guitare, mes projets photos et rencontrer plein de nouvelles personnes. Ma nouvelle colocataire a l’air de connaître pas mal de monde sur Bordeaux. J’espère qu’on s’entendra bien, qu’on deviendra amies. Et puis j’ai de plus en plus envie d’avoir ma maison, mon jardin. Avoir un endroit à moi que je puisse appeler « maison ». Un lieu bien décoré, lumineux, doux, cosy. Une maison pour accueillir de la famille et des ami.e.s en été et en hiver. Un lieu pour prendre le temps de vivre, regarder le soleil se coucher dans les arbres, observer les oiseaux, préparer des projets photo, des projets de voyage. Je ne veux plus de cette vie de couple. Je sais. C’est un peu tôt pour dire cela et c’est en totale contradiction avec ce que je dis plus haut. Mais pour le moment du moins je préfère rester seule. Pourquoi pas avoir un amant par ci par là. Embrasser qui je veux quand je le veux. Refuser un rendez-vous galant, refuser une histoire parce que je sais ce que je vaux et que j’ai mieux à faire de mon temps et de mes sentiments. Parfois je ris de moi et de mon petit cœur d’artichaud qui ne supporte rien. Parfois j’ai l’impression d’avoir trop d’amour à donner. Pour le moment mon amour je le donne à mes amies. J’ai dit Je t’aime à une amie d’enfance et l’ai serré fort contre moi, j’ai passé du temps avec une autre et je lui ai dit Je t’aime en la prenant en photo et en immortalisant sa beauté. J’ai dit Je t’aime à ma sœur en l’appelant à minuit pour me livrer. J’aime beaucoup et c’est comme cela que je fonctionne. Je ne pourrais vivre autrement qu’avec ce trop plein d’amour et de bienveillance. Je me souviens avoir dit à mon crush que je souhaitais vivre dans le présent. Oui voilà, vivre un jour après l’autre et arrêter de me soucier du « et après … », « du qu’en dira-t-on »… et surtout … avoir de la légèreté, en cette période où l’on ne contrôle plus grand chose, je pense qu’on en a tous besoin.

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