Rupture

Une rupture.

Il y a le temps qui s’arrête. Les larmes qui coulent. Une impression de flotter dans son corps qui ne ressent plus la douleur ou la faim, la chaleur et le froid. Il y a un vide immense dans la poitrine. Comme un cœur que l’on a arraché.

C’est lui qui est parti. Lui qui m’a lancé ces mots qui font mal : « Tu m’aimes plus que moi ». « Il y a un déséquilibre ». « On ne veut pas la même chose ».

Je n’ai pas eu la force de me battre. Je lui ai dit de partir. Il n’y avait rien d’autre à ajouter et j’avais envie d’arracher le pensement que j’avais mis en septembre dernier, un petit pensement pour recouvrir la plaie qu’il avait créé. Je me souviens d’avoir lu un article de lui qu’il n’a jamais publié sur un site anglais. Un article où il dit que c’est fini sans avoir essayé de se battre. Il semblait si sûre de lui, ses mots étaient là sur l’écran blanc. Il disait combien je ne lui suffisais pas.

Il y a toujours quelque chose de dure à se rendre compte que quelqu’un peut ne plus avoir envie de se battre pour une relation. Pour donner du sens à un lien qui a été tissé trois ans auparavant. Je me rappelle surtout qu’au début c’était lui qui était sûr que nous deux ça marcherait. Lui qui a voulu me dire « Je t’aime » pour la première fois. Lui qui m’a demandé que l’on emménage ensemble. Et ensuite je l’ai suivie et je comptais le suivre encore longtemps.

Parfois j’ai honte de faire parti de ces couples séparés à cause du Covid. Et parfois je me dis que ce n’est que la suite logique de plein de petits évènements. Parfois je pense à tous les avantages à ne plus être avec lui et cela me fait du bien. Je me sens libre et j’ai envie de revivre cette excitation à rencontrer quelqu’un qui me plait. Je me souviens qu’il ne me plaisait pas vraiment au début. Il était doux, attentif, respectueux et il me regardait comme s’il n’avait jamais rencontré personne d’aussi beau. ça fait du bien à l’égo c’est certain.

Je crois que ce qui fait mal c’est de devoir tirer un trait. Tirer un trait sur 3 ans de relations, 3 ans de souvenirs, d’amour, d’un quotidien, des rires, de discussion avec un autre, que dis-je, avec un ami. Une personne autre que soi à qui on a tout donné, son temps, son amour, son énergie. Une personne avec qui on a avancé, planifié, créé une vie. Tirer un trait et dire du jour au lendemain : ce bonheur là est fini. Cette vie là est finie.

La froideur, c’est ce qui fait mal aussi. Etre face à un être que l’on a tant aimé et que l’on aime toujours qui devient d’un jour à l’autre un inconnu. Je me souviens de ses gestes pour me repousser, me montrer que chacune de mes mains tendues vers lui étaient comme une caresse insupportable. Chaque regard était un coup de poignard. J’avais l’impression soudaine que la personne que j’avais face à moi était un fantôme, la lueur d’une histoire qui n’avait jamais existé ailleurs que dans mon imagination.

Je me demande parfois si lui aussi pleure la nuit au point de s’en étouffer, si lui aussi s’imagine me rejoindre sous la couverture à la tombée de la nuit. J’aimerais savoir parfois si lui aussi ne comprend pas ce qu’il se passe dans son corps alors qu’il continue de rire le jour mais pleure la nuit. Je me souviens de mon incapacité à parler le dernier jour où l’on s’est vu, trop perturbée par ce qu’il m’arrivait. Je me souviens avoir répété avant qu’il n’arrive chaque parole que j’allais dire, pour ne pas trop pleurer, ne pas trop ressentir, rester froide et distante comme lui. Peut-être qu’au fond j’avais envie de lui faire ressentir ce que je ressentais. Mais tout au fond, je pense qu’il est incapable de ressentir le tiers de ce que je ressens. Il est toujours prompt à se retourner, à passer à autre chose, à enfouir très profondément toutes ces choses qu’il n’ose pas voir en face.

Mais les heures continuent de tourner et il faut avancer. Trouver un nouvel appartement, faire les cartons, le ménage, se débarrasser des choses qui nous encombrent. On aimerait rester assis sur une chaise à regarder le soleil tourner mais les attentes arrivent, les projets s’enchaînent et ne laissent pas le temps de se poser la moindre question. On continue à manger, faire du sport, travailler pour garder un cadre, un minimum de vie dans ce corps où tout à l’intérieur semble s’effilocher. On me trimbale d’un lieu à un autre et j’accepte, j’accepte de perdre pied, j’accepte d’être perdue dans cette vie sans lui. 

Une lueur me fait du bien. L’amitié d’un ami retrouvé à qui je parle et qui me donne l’impression que je suis quelqu’un d’intéressant, de beau. Je sais que c’est éphémère mais pour le moment j’en ai besoin. J’ai besoin d’entendre sa voix d’homme dans le creux de mon oreille le soir, entendre son rire et sa façon si particulière de m’embêter en me qualifiant de mamie. J’ai besoin de cette légèreté. J’ai besoin que cet ami me dise que je vaux encore quelque chose en tant que femme. Parfois, je me dis que c’est bien triste d’en venir à cela, avoir besoin du regard des autres pour se sentir mieux du moins pour quelques heures. Quelques heures de rires et de répits virtuels avant que la nuit tombe et que les larmes et les souvenirs reviennent à la charge.

En dehors de cet ami j’ai la guitare. J’apprends laborieusement grâce à des vidéos YouTube à plaquer quelques accords. J’aime le son qu’elle me renvoie, j’aime ressentir la douleur dans les doigts au fur et à mesure que j’arrive à jouer des sons sans fausse note.

Et puis il y a le travail. Je m’y plonge et m’y perds les jours de semaines et parfois quelques heures le week-end.

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