Automne

Ces dernières semaines ont été difficiles. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi compliqué de reprendre les études, changer de ville. J’ai été assaillie par le doute et la peur. Nathan est toujours là à mes côtés. J’ai cru qu’on ne serait pas assez fort, j’ai cru que tout était fini. Pourtant on tient toujours et j’ai l’impression que le lien qui nous uni aujourd’hui est plus fort que tout. Bientôt deux ans de relation idyllique pour ne pas dire plus. J’ attends avec hâte de nous voir tous les deux avancer dans cette vie.

Quand je prends du recul je me rends compte à quel point le problème c’est moi. Je me remets en question, je remets en question mon corps et ma légitimité. Je suis une femme qui souhaite évoluer dans un monde d’hommes. Que ce soit pour la photographie ou l’enseignement je sais que je dois en faire plus que mes compères masculins pour arriver à me faire entendre, me faire remarquer. Un homme qui a de la sensibilité c’est éblouissant, pour une femme c’est banale. Un homme qui a du charisme cela va de soit, une femme qui veut se faire entendre c’est une audacieuse, une « m’as-tu vu ».

Parfois je me heurte à ces peurs. Peur de ne pas être assez, de ne pas arriver à me démarquer. Dans l’université où je suis les gens me regardent comme si je suis une bête curieuse. Ils me trouvent surement un peu stupide d’avoir quitté Paris, d’avoir quitté les paillettes et la Culture qui vous donne le tournis quand vous avez l’impression d’appartenir à une élite. Cette élite que je hais autant que j’admire.

Je me noie dans le travail et les études. J’oublie de respirer. Mes maux de ventre deviennent incontrôlables. Entre deux attaques de panique, mon corps me rappelle que je suis vulnérable. J’essaye de continuer mes routines, celles qui me font du bien au quotidien, manger sainement et faire du sport. J’ai cette manie de faire le ménage, je nettoie les pièces, ça m’aide à ne plus penser à rien, à remettre les choses à leurs places au sens propre comme au sens figuré.

Heureusement il y a l’art et le chocolat. Je prends des photos, seule au levé du jour dans notre appartement. J’aime le silence de notre salon encore à moitié vide. J’ai l’impression d’avoir rien que pour moi une page blanche sur laquelle écrire des histoires, peindre des tableaux qui disparaissent aussitôt mon appareil éteint. J’ai l’impression de me trouver de plus en plus dans les couleurs, la lumière et les thèmes. J’aime et j’adore ce rush d’adrénaline quand je vois entre mes mains que j’ai touché juste, que mes photos sont le reflet de ce que je voulais créer.

Je mets des fleurs dans un peu d’eau sur notre table basse, j’essaye de faire rentrer le soleil. C’est l’automne.

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