Capturer ces moments

Après le week-end désagréable d’il y a quelques semaines j’ai été invitée à l’anniversaire de mon amie Pauline. Cela faisait déjà quelques mois qu’elle m’avait invité mais avec le déménagement j’avais des scrupules à reprendre un train pour Paris au prix où sont les billets de TGV. Mais si j’écris cet article c’est pour l’évidente raison que j’ai décidé d’y aller.

Il y a une semaine j’étais désœuvrée. J’avais l’impression d’être folle, d’avoir perdu ce qui fait de moi une personne « normale », « sensée ». Un être joyeux, avec cette envie de regarder les inconnus dans les yeux, une envie de me confronter au monde, de créer, de faire. Il y a une semaine j’ai cru oublier ce qu’était avoir du courage, le courage d’être moi-même.

Et puis Pauline m’a convaincu d’acheter ces billets de trains pour Paris. Elle fêtait ses 30 ans. J’y pensais depuis un bon mois déjà. Je culpabilisais sur l’argent que j’allai dépenser encore. De l’argent pour moi, pour me faire plaisir. Ce foutu plaisir que je m’interdis.

Mais il faut croire que mon état de peine était plus fort que ma peur de dépenser. J’ai pris les billets en me disant « Fuck it, carpe diem ! ». Cette décision était la bonne et j’aimerais pouvoir coucher sur papier tout l’amour que je ressens pour les personnes qui m’ont entourées lors de cette merveilleuse soirée.

J’ai pris le train samedi midi. Je suis arrivée juste à temps pour aider à préparer. La fête se tenait dans une maison perdue dans les champs et les bois, au bout d’un chemin, dans une banlieue lointaine dont je n’avais jamais entendu parler. C’était une vieille maison bien entretenue qui semblait tout droit sortie de l’Amérique des années 1960. J’ai instantanément pensé au livre La petite fille au bout du chemin de Laird Koenig. Un grand jardin entourait la large battisse aux volets verts. L’intérieur semblait n’avoir pas été modifié depuis que les habitants avaient quitté les lieux. Les pièces étaient biens entretenues, rangées, comme si la grand-mère et propriétaire des lieux pouvait réapparaître à tout moment pour nous accueillir dans son salon. Le mobilier, le papier peint, l’odeur et l’atmosphère me plongeaient dans un état de rêverie. J’avais envie de tout capturer de cet endroit extraordinaire, arrêté dans le temps depuis presque 60 ans. Il y avait quelque chose de familier, de déjà vu. Comme si cet endroit faisait aussi parti de mon passé bien que n’y ayant jamais vécu. J’ai eu ces flashs de souvenirs, ma grand-mère et son tablier fleuri, dans sa cuisine, ses tables croulants sous les conserves et pots de confitures encore chauds. Je me suis revue me faufiler dans sa chambre et essayer d’ouvrir sans bruit les tiroirs en bois grinçant de sa commode pour y trouver des trésors. Y regarder ses vieux albums photos jaunis. Respirer l’odeur de ses robes. Il y avait cette curiosité frénétique en moi, une envie de tout fouiller, tout ouvrir, comprendre d’où venait ces restes de passé dont je n’avais rien vécu. Ce sombre passé dont personne ne parlait jamais. J’avais une faim de vérité dont la chambre de ma grand-mère semblait remplie.

Mais très rapidement j’ai dû sortir de ce rêve et revenir au présent. Les premiers invités de Pauline sont arrivés. Pendant quelques minutes j’ai eu un pincement dans la poitrine, une peur sourde de me retrouver dans la même situation que le week-end précédent. La peur de ne pas trouver ma place parmi tous ces inconnus. Etre exclue. Mais après les premières présentations, il n’y avait aucune haine dans leurs regards, que de la bienveillance et une douce curiosité. Et puis il y a eu les rires et les sourires.

Je n’ai pas eu envie de boire d’alcool, j’ai gardé mon cœur sur la main. Nos sensibilités concordaient, il y avait une harmonie. J’aurai voulu capturer ces moments, les enfermer dans une bouteille et les emporter avec moi. Nous étions pour la plupart des femmes et je m’émerveillerai toujours sur la capacité que l’on a à s’ouvrir et partager notre intimité, se sentir connectées. Il y avait la beauté de ces corps et ces visages, ces femmes toutes particulières et belles. J’ai eu envie d’arrêter le temps, que cette nuit dure toujours. Que l’on reste à jamais sur cette terrasse éclairée à la lampe de chevet tel le salon de thé de Alice au Pays des Merveilles. Rester dans ce bain de rires et de sourires qui recollait peu à peu en moi les morceaux.

Il y a eu une évidence. Je me suis rappelée d’une citation de Rousseau  » Tout le charme de la société, qui règne entre de vrais amis, consiste dans cette ouverture de cœur qui met en commun tous les sentiments, toutes les pensées, et qui fait que chacun, se sentant tel qu’il doit être, se montre à tous tel qu’il est.  « . Cette phrase écrite en 1764 n’a jamais été aussi vraie.

La soirée s’est achevée.

Après une courte nuit et un petit déjeuner au soleil j’ai repris le chemin au milieu des bois et des champs. J’avais le cœur léger en voyant au loin l’ombre de Pauline rentrer dans la maison après qu’elle m’ait raccompagné au portail. Pauline et son visage d’elfe, ses cheveux blanc comme la neige et son large sourire.

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