Parfois il faut juste se dire que les mauvais jours sont là pour compenser les beaux

Je perds pied. J’ai l’impression de devenir folle, folle de stress et d’angoisse. Cela fait plus d’une semaine, presque deux, que je suis seule dans l’appartement. Un appartement rongé par les fourmis, assombrit par la peur d’un détecteur de fumée qui se met en route toutes les dix heures, et ce trou béant que j’ai essayé de colmater avec du papier journal et du scotch. Plus que quelques jours de congés avant de reprendre le travail et je dois profiter de ce temps et de cette liberté pour préparer mon projet de mémoire sur le cinéma d’animation. Le colloque m’a donné des idées mais il me manque des sources, de la réflexion, pour faire en sorte d’organiser mes idées de façon cohérentes et réfléchies. Je commence à rédiger et les mots semblent venir d’une gamine de 10 ans. Mes phrases sont trop longues ou trop courte, mes idées trop simples. A force de retourner les idées dans ma tête je ressens la douleur familière de l’angoisse monter dans ma poitrine.

L’idée que j’ai pris une mauvaise décision, une stupide décision ne me quitte pas. Des douleurs d’estomac suivies de démangeaisons et d’irritations me prennent au corps. Cela n’arrange rien à mon stress. J’ai peur d’avoir à nouveau une infection. Le travail reprend et je dois préparer mon départ, régler des problèmes, encore et encore. Je commence les cartons, l’agence de déménagement n’a toujours pas indiqué de date, cela n’arrange rien à mon état général. Après une longue journée douloureuse, je décide de prendre un rdv chez un médecin. Je me dis que même si cela ne fait rien peut-être que cela me rassurera au moins. Je me sentirai moins seule face à tout cela. Je me sens terriblement seul dans cet appartement qui ne veut plus de moi. Autant que je ne veux plus de lui. Le soir je me mets en boule sur le lit et je fais des exercices de respiration appris au yoga. Mon ventre se détend un peu mais dès le lendemain, après 45 minutes de métro dans des wagons remplis jusqu’à l’étouffement, je ressens les douleurs revenir et mes épaules se contracter. Combien de temps est-ce que je vais arriver à subir cela ? J’essaye de me rassurer en me disant que la fin de semaine approche, le week-end de pâques et Nathan qui revient à Paris pour m’aider à terminer les cartons.

On est jeudi. Au travail, je m’enferme dans les toilettes pour faire des exercices de respiration. Je sens la fatigue arriver. Je suis comme anesthésiée par tout ce qui m’entoure. Au cinéma je ne vais voir que des films pour enfants : Dumbo, Royal Corgi, Le Parc des Merveilles. Des films joyeux qui ne m’émeuvent pas ou à moitié. Heureusement je vois des amies, pas assez à mon goût. Tout a l’air de s’arranger pour eux et cela me rassure, Clémentine joue dans une pièce de théâtre, Arnaud est pris en école de cinéma, Caroline n’a finalement pas vraiment rompu avec son compagnon. J’essaye de faire recruter Pauline pour la place que je vais laisser vacante à mon départ. Ma sœur vient dormir et elle me raconte ses projets d’étude, de voyage et d’écritures.Tous ces amis que je dois quitter, je crois que c’est la seule chose que je vais véritablement regretter à Paris. Cette ville qui m’a accueilli pendant six ans. Six ans. J’ai l’impression que c’était hier que je déposais mes valises dans une chambre de bonne sous les toits de Paris dans une vieille maison du 16 ème arrondissement. Terrorisée par la foule, le bruit et la proximité.Et pourtant je ne suis plus la même personne. Beaucoup ne me reconnaîtrait pas. J’ai l’impression d’avoir mûri sur certaines choses mais régressé sur d’autres. Vieillir fait cela peut-être.

Ce matin je suis allée au laboratoire pour rien. Si, pour qu’ils me disent que mes prescriptions étaient périmées et qu’il fallait que j’en demande d’autres à mon médecin pour être remboursée. Qui peut savoir qu’un test de sang pour savoir si tout va bien pouvait se périmer ? J’ai attendu avant l’ouverture du laboratoire et dans la salle d’attente, bien en évidence, était un magazine sur les conseils et indications pour les femmes enceintes, mois après mois. Je le feuillette et une idée ferme se met à naître dans ma tête. Je ne suis pas prête à cela. Je ne sais pas si j’y serai un jour prête. Trop de problèmes, de douleurs, de risques, de questions, de responsabilités pour mon corps. Je pense que cela m’achèverait. Pourtant je sais qu’un jour je veux une famille. Je me suis toujours réconfortée avec l’idée que j’adopterai, peu importe le temps que cela prendrait. Parce qu’avoir un enfant c’est vouloir donner de l’amour, peu importe, l’origine, le sang, la ressemblance. Donner de l’amour à un enfant qui en a besoin et dieu sait qu’il y en a. Et si je ne peux pas adopter je ferai famille d’accueil. Un jour. Quand j’aurai du temps et de l’argent, une situation assez stable pour donner. Donner de moi. Pour le moment je dois me donner à moi-même. Faire en sorte d’arriver où je veux aller. Mon compagnon n’est pas en accord avec cela. Nous avons déjà eu cette discussion. Mais pour l’instant ni lui ni moi ne sommes prêt à nous confronter véritablement à ces questions. Alors on les enterre et on profite du temps et des quelques années qui s’annonce rien que pour nous deux, notre quotidiens, nos aventures. Cette phase de ma vie me remplit de joie et j’espère secrètement qu’elle durera jusqu’à la fin. Il ne faut pas regarder trop loin au risque d’avoir peur, peur de ce qui arrivera après et que cette peur prenne le dessus sur tout et me fasse tout gâcher. 

Dans le métro qui va à la gare pour retrouver Nathan. Je pense aux deux semaines qui nous ont séparées. Deux semaines durant lesquelles je n’ai pas pu le voir, le toucher. J’ai peur. Étrangement peur que cette coupure, cette proximité disparue l’ait changé. J’ai peur qu’il ne m’aime plus comme avant. Peur qu’il m’aime moins.
Parfois j’essaie d’imaginer comment cela serait s’il ne m’aimait plus. Je vois ses mains repousser les miennes, son silence qui répond à mes questions et puis ce regard, son regard qui ne me voit plus. Parfois je me fais du mal en imaginant ce que cela me ferait si un jour il accordait toutes les attentions qui sont mienne aujourd’hui à une autre…cela fait mal. Certains pourraient me juger, me dire que je dois aller parler à un psy pour régler mes « problèmes « .
Peut-être qu’ils ont raisons. Peut-être que j’ai des problèmes de confiance en moi. Peut-être que j’ai une peur de l’abandon. J’ai des peurs.  Qui n’en a pas ? Je choisis de les combattre en y faisant fasse et non lors de session de psy à 80€ de l’heure. Je choisis d’imaginer le pire pour me rappeler d’être reconnaissante de ce que j’ai,  d’être en vie, d’être aimée pour qui je suis. Je prends aussi parfois du plaisir à entrer dans mes phases de blues. Ce sont les moments où je suis la plus créative. J’écris des pages de carnets. J’écris partout, tout le temps. J’écris pour faire passer la douleur et sortir tout ce qu’il y a en moi.

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