Séparation

Comme certains l’auront peut-être remarqué, je me suis mise à ajouter des photos aux articles que je poste sur mon blog. Des photos qui évoquent des souvenirs, qui me montrent aussi que je peux toujours créer avec mes dix doigts. Créer du beau. Il y a quelques jours j’ai créé un compte Instagram en me disant que ce serait une bonne idée de partager ma passion pour la photographie. Très vite je me suis prise au jeu , j’ai publié tous les jours, je me suis abonnées à des comptes de grands photographes, d’amateurs talentueux qui passent la journée à créer, capturer, transformer, peaufiner leur art.

Peu à peu, je me suis rendue compte que je ne cherchais plus à publier au hasard mais davantage pour plaire et me démarquer de la masse. Je trouvais mes photos ridicules et sans véritable intérêt. J’ai senti l’angoisse monter en moi. A force de vouloir faire de l’inédit, de ne pas avoir assez d’avis flatteurs, cela m’a donné honte et l’envie de tout effacer et supprimer. Alors qu’avec du recul je sais que j’aime mes photos pour ce qu’elles sont, sans prétentions. Plus que l’écriture, la photographie montre ce que l’on est de manière plus cru, plus direct. Notre vie et notre âme sont étalées pour que tout le monde voit ce que l’on a à donner. Je ne suis pas prête à cela . Alors j’ai supprimé le compte. Personne n’est forcément prêt à faire tous les pas… parfois il faut faire le pas en avant pour se rendre compte que ce n’était peut-être pas le bon moment.

En parallèle de cet échec total j’ai pris mon courage à deux mains pour proposer à une amie de la prendre en photo. Une amie en qui j’ai une totale confiance et qui ne jugera pas de ma piètre expérience. On est parti se promener dans un jardin. Le printemps avait fait bourgeonner les fleurs qui sortaient partout où on allait. J’avais un trac monstre de la rendre mal à l’aise, de l’ennuyer avec mes demandes ou encore le regard des gens sur moi qui me mettait dans des positions un peu insensées en plein milieu du parc… mais finalement rien de bien grave ne s’est produit. J’ai pris mes photos, le monde a continué de tourner et nous avons continué notre ballade comme si de rien n’était. J’avais une sensation nouvelle en moi. Une sorte de joie fébrile d’avoir osé enfin mettre en place un premier projet. Même si je savais que les photographies ne rendraient pas aussi bien que celles que j’avais imaginé j’avais osé y aller peu importe la peur ou les questions qui m’en empêchaient auparavant.

Les beaux jours sont de retour et Nathan quitte Paris pour un nouveau travail dans la ville de son enfance, une ville que je ne connais pas mais où notre avenir ensemble nous attend. Je reste seule dans notre appartement parisien. L’aspect réconfortant et cosy de ses pièces me paraît tout d’un coup étranger. J’ai envie de faire ma valise et fuir. Pour ne rien arranger des ouvriers ont laissé un trou béant dans notre cuisine et des fourmis y ont établi domicile. J’ai hâte de partir à Toulouse pour un colloque. Mettre cette chose immonde et déconcertante derrière moi. Je me lève tôt le matin pour prendre le train. Une idée folle me vient. En arrivant à la gare j’achète un billet pour aller rejoindre mon amoureux à la fin du colloque. Une petite voix dans ma tête essaye de me faire culpabiliser pour l’argent que je jette par la fenêtre mais très vite quelque chose de chaleureux et réconfortant la fait taire. Une évidence. L’évidence que j’ai pris la bonne décision. Le trou que Nathan a laissé en me quittant semble se refermer peu à peu à la perspective de le revoir aussi rapidement.

Parfois les décisions spontanées sont les meilleurs.

Le colloque passe rapidement. Le premier jour je sens l’adrénaline de revenir sur un terrain connu. J’apprends, j’écoute, je me nourris des paroles de ces artistes, ces enseignants et ces réalisateurs qui ont déjà accomplies tant de choses alors que je n’ai rien fait encore. J’ai un immense respect pour ces gens et en même temps j’ai une impression d’avoir autre chose à apporter. Je sens que je ne suis plus la petite étudiante qui écoutait béatement ses professeurs en se demandant comment de telles personnes pouvaient en savoir autant… Aujourd’hui je sens que je les écoute avec un certains recul, je remarque des erreurs, des stéréotypes et je remets en questions leurs jugements. Lorsque je m’en rends compte, je me sens soulagée. Je me dis « Pourquoi pas moi ? ».

Je me retrouve à attendre des heures dans un hall de gare. Je regarde les gens, les trains partirent. J’ai l’impression de passer mon temps dans les gares en ce moment. Elles ont un charmes un peu magique, une espèce de familiarité, d’excitation et de soulagement. Excitation de partir à l’aventure, soulagement de retrouver une personne chère à l’autre bout des rails.

Lorsque je retrouve Nathan, il semble que le temps devient incontrôlable. Les heures défilent à toute vitesse et déjà il est l’heure de se séparer à nouveau. À chaque fois que je le quitte j’ai l’impression qu’une rage sourde monte en moi. Une injustice. Me séparer de lui me semble insurmontable, un problème sans résolution possible. Alors je regarde le vide et la nuit tomber alors que l’on prend le tram pour rentrer chez ses parents pour une dernière nuit avant mon retour à Paris. Je n’arrive presque pas à parler. À articuler un oui ou un non sur un ton de voix glaçant. Je veux hurler. Lui crier de faire quelque chose…me prouver qu’il m’aime plus que tout, plus que ses amis, son travail…je lui en veux d’avoir organisé cette soirée avec ses amis pour notre dernier soir ensemble… À sa place je sais que j’aurai refusé de donner mon temps à qui que ce soit d’autre qu’à lui…parce que notre temps ensemble est précieux et que deux semaines c’est long… je lui en veux de ne pas comprendre quand je ne vais pas bien. Me demander ce que je ressens même si c’est évident. La douleur ne se lit-elle pas sur mon visage ? Il a pour habitude de me surprendre à dire tout haut ce que je pense tout bas… alors pourquoi là, dans ce genre de circonstances. ..quand je n’arrive plus à parler veut-il que j’explicite ce que tout mon corps lui rejette à la figure. Il va me manquer. Il me manque déjà alors que j’écris ces mots et que le train file dans les paysages de campagne.
Il y a deux jours je lui ai donné une lettre que j’avais écrit il y a une semaine. Une lettre où je lui dis ce que je rêve de notre futur ensemble,  une vision simple et bucolique mais j’y tiens et je sens qu’elle le touche…avec mon attitude de hier soir j’ai l’impression que j’ai tout gâché. Je m’insupporte parfois.
J’aime cet amour que l’on partage aujourd’hui. Calme et serein. Ce n’est plus l’effervescence des papillons et des mains moites.
Aujourd’hui notre amour nous donne libre accès à notre vie. Nous sommes ensemble tout en ayant chacun notre vie et nos projets. Nous ne sommes plus aveugles mais bien lucides face aux jours qui passent et de la chance que l’on a d’avoir survécu à cette épreuve du temps qui transforme l’inédit en routine. La preuve en est la semaine dernière une de mes amies m’a annoncé qu’elle avait rompu avec son compagnon. Je suis tombée de haut. Ils venaient de s’installer ensemble et leur situation commençait tout juste à se stabiliser.
J’étais alors en déplacement et cette nouvelle m’a rendu tellement triste pour elle, pour ce qu’elle a perdu…mais aussi j’ai pensé à Nathan, à notre histoire et à l’amour qui ne cesse de croître et des liens qui ne cessent de se raffermir. Je chérie le quotidien, notre complicité à toute épreuve, les retrouvailles le soir, les séances de cinéma devant notre télévision, les chamailleries idiotes sur ce que l’on va manger, la bouilloire qui chauffe et nos deux corps complètement imbriqués l’un dans l’autre plus tard dans notre lit. Sa chaleur et la sensation  de sa peau, si unique et pourtant si familière.
Même hier soir alors que mon cœur avait l’impression d’exploser dans le froid du lit, il était là, il me frôlait et je sentais sa chaleur, je voulais lui dire combien je l’aimais, combien cette douceur était aussi bonne qu’insupportable parce qu’elle ne serait plus là dans quelques heures. ..
Ce sont toutes ces choses que j’aurai dû lui dire hier et que j’ai tue.

2 Comments

  1. Comme je te comprends concernant instagram. J’ai l’impression que c’est un monde à clique uniquement pour être liké et follower. Bravo pour tes photos et quel plaisir à te lire ! Sincérité, simplicité, merci pour tes partages sincères !

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