Double vie

Deux mois difficiles s’annoncent. Je les attends pourtant avec jubilation. Je sais que les choses s’arrangeront, que mon angoisse se dissipera peu à peu et je pourrai arrêter de m’énerver pour un rien, avoir cette colère sourde en moi que le sommeil n’arrive pas à consoler. J’en veux à Nathan de ne pas aider à apaiser cette angoisse en l’avenir. Il le fait pourtant. Chaque parcelle de son corps est une caresse, un câlin, la tendresse…ses mots et ses gestes coulent pourtant sur moi comme de l’eau froide, je recule, je frissonne, je nie leur existence. Je ne veux pas de lui. Je suis froide et distante. Quand je vais mal je n’ai jamais aimé le crier sur les toits. Je préfère m’enfermer dans ma coquilles et quand je me force à parler les mots me brûlent les lèvres et m’enfoncent un pieu dans la poitrine. Je ne veux rien dire, rien montrer qui puisse donner aux autres de ma peine. Le paradoxe de mon être est que je suis transparente et Nathan sent les moindre changements dans mon humeur comme je ressens les siens. J’essaye d’être présente, je le serre dans mes bras, je lui murmure à l’oreille que tout ira bien, j’écoute ses idées, je lui fais part de mes commentaires…tout se passe bien jusqu’à ce que la nuit tombe et la fatigue m’emporte. Je ferme alors. Je ne le regarde plus dans les yeux, je repousse ses mains et j’en ai mal au cœur. J’ai l’impression d’avoir pénétré dans une prison si intelligemment construite par mes soins que je ne sais pas comment en sortir, parler, lui communiquer ma douleur m’est impossible, la douleur m’a rendu muette. Il y a ce plaisir étrange de lui en vouloir, d’avoir quelqu’un sur qui reporter mon malheur. Je me mets à faire le ménage à onze heure du soir, je lustre la cuisine, lave la vaisselle comme pour mettre un peu d’ordre dans le capharnaüm d’émotions qui m’étouffent à l’intérieur. Mais lorsque je rejoins Nathan dans la chambre, les émotions sont toujours là et elles ne disparaissent que pour se transformer en rêves absurdes et cruels quand le sommeil me submerge.
A peine une dizaine de mois passé dans notre appartement parisien et nous somme déjà décidé à partir de Paris. J’ai envie de partir, je sais que je n’ai plus rien à y faire et pourtant tout ce que je dois faire avant me semble aujourd’hui complètement insurmontable.

On regarde des séries, beaucoup, moi surtout, peut-être un peu trop. Depuis qu’on a pris Netflix je n’ai même plus l’envie d’aller au cinéma. Je sais que je devrais pourtant. On passe de Sex Education à Atypical, Nola Darling, des séries américaines presque toujours, c’est facile et ça ne demande pas beaucoup de concentration. Les épisodes et les heures passent à toute vitesse. Dernièrement j’ai regardé Gypsy avec Naomi Watts. Au début j’ai eu du mal, c’était lent, psychologique et sans véritable action ou rebondissement…mais peu à peu je suis entrée en empathie avec le personnage principale. Une psychologue qui essaye de rendre les gens heureux en les guérissant de leur addictions, leurs addictions aux autres, à l’amour d’une enfant perdu, d’une petite amie, d’une amante…et puis plus que de l’empathie je me suis reconnue en elle, dans sa façon de rêver à une autre vie, sa façon de jouer un rôle différent à chaque rencontre, la double vie qu’elle s’est créée et la façon dont elle ment pour protéger cette autre personne qu’elle incarne quand elle veut se sentir libre. Je me suis reconnue dans sa manière de romantiser certaines situations, sa manière de se créer un masque, la façon dont elle accepte de ne pas être parfaite, de faire des erreurs, de faire mal à ses proches, d’être humaine tout simplement.Même si c’est un personnage de fiction, je ressens un certain soulagement. Plus que la perfection d’une série américaine repassé et lissé je recherche les imperfection dans les détails et les ombres.

It reminds me that I don’t have to be perfect. My relation will never be as perfect as I wan’t it to be with Nathan. Being the kind, respectful, warmhearted person I know he is make me want to be someone else sometimes, some one who wants to smile every second of the day, tell jokes and silly stories late at night, love more than my body and soul can give. I want to pour myself on him like a big jar of soft light. I want to be the clean water washing of his bad memories and worries. But sometimes life is just this tricky and ugly thing I just can’t manage.
We see friends, walk a long way away from home. The sun is high in the sky. All go wrong and I am angry with him. I don’t know why, sometimes I just want to be. We play billiards in a poolroom. A beautiful room with red light and vintage wooden decorations. I take photos and smile at his friends jokes. I like them, I find them beautiful and talented, like Nathan is. I feel I am in another world. A world I don’t belong in. I look at Nathan who I have ignored and pushed away from me all day. The anger is not here anymore. I just want him, his presence and his love. I walk to him and whisper in his hear « I miss you ». He looks surprised but don’t say anything and kiss me on the cheek. I just hate myself for the way I must make him feel.
I don’t know why I wrote this passage in english. It’s just more easy for me. The words jump out of my head and I find beauty and more meaning to them. When I write in french I have to force myself to think about the ideas I want to carry in my words. French is not a melodic language, it’s cold.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s