Enceinte ?

Cela fait plus d’une semaine que je devrais avoir mes règle et toujours rien. Je commence à m’inquiéter, à me poser des questions, et si on n’avait pas fait assez attention et si une capote avait craqué sans qu’on s’en rende compte ?

Nathan ne tarde pas à sentir que quelque chose cloche et après lui avoir parlé de mon retard il me dit que lui aussi y a pensé il y a quelques jours. Avec le stress du mois de juillet je me dis que c’est normal, elles ont juste un peu de retard…mais le week-end est passé et toujours rien.

Le lundi soir on en parle, on pense aux éventualités…J’ai peur de l’avortement que ce soit par médicament ou clinique. Je ne veux pas violenter mon corps de cette manière, sans savoir quelle répercussions cela aura sur celui-ci plus tard…

Et si mon instinct m’empêchait de vouloir avorter, si en apprenant que je suis enceinte je voulais le garder ? Mon esprit s’affole et mon imagination devient incontrôlables.

Le lendemain je n’arrive pas à me concentrer au travail. Je lis des articles sur les femmes enceintes à 20 ans, je regarde les aides que l’on peut avoir en temps que jeune parent…

Dans l’après-midi je m’éclipse de mon bureau et prends mon courage à deux mains pour aller acheter un test de grossesse. Je le fais. Il est négatif. Mais prise par le stresse je recherche la fiabilité des tests sur internet et on précise qu’il faut les faire le matin avec les premières urines ou attendre deux heures sans boire avant de le faire ce qui n’est pas mon cas. Je considère le test comme nul donc. Je prends rdv chez un médecin pour qu’il me prescrive un test de grossesse à faire en laboratoire. C’est le mois d’août et je n’ai rien à faire. Je n’ai plus le courage de lire des articles sur internet, je ne peux décidément pas sortir mon roman pour bouquiner, alors j’attends. Le regard dans le vide, je prie pour que mes règles coulent dans mon vagin, remplissent ma culotte.

Je ne comprends pas pourquoi après un mois de stress il faut qu’à une semaine des vacances une telle chose me tombe dessus. Comme si je ne pouvais jamais être tranquille. Ce soir j’ai des amis qui viennent prendre un verre et je ne sais pas comment je vais arriver à faire comme si de rien était, à faire comme si tout était normal.

J’ai des sensations dans le vagin, je ne sais même plus si elles sont réelles ou si c’est moi qui les imagine pour me rassurer.

En fin d’après-midi j’appelle un laboratoire pour savoir si je peux venir faire un test de grossesse. La réponse est positive et je n’ai même pas besoin d’ordonnance. Je pars plus tôt de mon travail. Personne ne fait de remarque, c’est le mois d’août. Le laboratoire est à deux pas de notre appartement. La dame de l’accueil est discrète et ne pose aucune question. La salle d’attente est vide. J’attends dans un silence assourdissant que quelqu’un vienne me chercher. J’ai l’impression que l’attente dure des heures. Un infirmier vient me chercher. Il me demande si je suis enceinte. Je suis surprise par la question. Si je viens c’est pour avoir la réponse. Il me demande si je veux être enceinte. J’ai un rire nerveux et je lui réponds que ce ne serait pas vraiment le bon moment.

Pourtant j’y ai pensé, j’ai pensé « et si je suis enceinte…avoir un enfant à 24 ans ce n’est pas si étrange, ce serait même bien, quand j’aurai 34 ans mon enfant aura l’âge de faire des voyages et j’aurai encore la possibilité de faire plein d’activités avec lui. Je ne sais pas pourquoi mais je m’imagine avoir un garçon…

La soirée avec mes amis se passent bien, on suffoque dans la chaleur de mon appartement, on boit, on rit, je me surprends parfois à regarder dans le vague, complètement déconnectée de ce que peuvent dire mes amis, je ne suis plus avec eux, je suis à des kilomètres de là, dans un monde où je suis enceinte, où j’ai peut-être quelque chose qui pousse et grandi dans le ventre.

La soirée touche à sa fin et je lutte pour chasser mes pensées, rester présente jusqu’au bout. Ils s’en vont. Nathan peut enfin me prendre dans ses bras et je peux me laisser immerger par l’angoisse. On s’assoit sur le canapé du salon, je finis par regarder les méthodes d’avortement parce que je ne peux pas m’en empêcher, les résultats n’arriveront que demain matin. J’ai le sentiment que mon cœur s’arrête lorsque je lis en détail les procédés. Je ne vois plus que du sang et de la douleur et je ne veux pas avoir à subir ça. Je m’accroche à l’éventualité de le garder, je montre à Nathan que l’on peut avoir des aides si on tombe enceinte. Il me demande pourquoi je lui montre ça. Je n’ose pas le regarder en face et il m’oblige en me prenant le visage entre ses mains. « Je suis avec toi », « Je ne te laisserai pas » « quoi qu’il arrive. » « Je ne veux pas d’enfants pour le moment mais c’est ton corps et c’est toi qui prendra la décision finale », « Je n’aurai rien à redire ». Je l’aime tellement pour me dire tout cela, mais je sais aussi que même si c’est mon corps cela reste une décision à deux. Je ne veux pas avoir un enfant « par accident », surtout pas à 24 ans. 

Alors on va se coucher. Je m’endors assez rapidement. On se réveille tôt, je regarde mon portable mais aucune notification de la part du laboratoire n’est arrivé. Alors on attend. Il me taquine et me fait des câlins pour me détendre mais je n’ai vraiment pas la tête à ça. J’essaye de jouer le jeu mais bientôt c’est l’heure de se lever et on commence à s’habiller.

Soudain mon portable vibre, il l’attrape. C’est les résultats. On va sur son ordinateur. J’ai l’impression qu’un poids vient de tomber sur ma poitrine, je lui tiens la main en me connectant sur ma session. Les résultats sont là, devant mes yeux mais je n’arrive pas à y faire sens. « Je ne comprends pas ». « Tu n’es pas enceinte ». La voix de Nathan surgit de nul part. L’air peut enfin passer dans mes poumons et je peux enfin déchiffrer le « >1 » sur ma fiche qui indique que le test est négatif.

On se serre l’un contre l’autre, encore en état de choque et de soulagement. J’ai eu tellement peur. Lui aussi. Cela nous servira de leçon. Je n’ai jamais pris la pilule. Je devrais connaître les risques et faire en fonction. La veille je me sentais tellement coupable de faire subir cela à Nathan. Coupable de ne pas faire comme mes amies, d’avoir peur de cette pilule. Je sais qu’il y a des risques, je sais que parfois on doit tester différentes pilules pour savoir laquelle nous convient. Je sais que pour celles qui ont des douleurs ou de l’acné cela peut aider. Mais j’ai la chance de ne jamais avoir eu beaucoup de boutons et de ne pas avoir de douleur hors norme lors de mes règles. Elles n’ont jamais été très bien réglées mais à part quelques taches dans mes culottes cela ne m’a jamais dérangé.

Alors non je ne prendrai jamais la pilule et je ne mettrai jamais de stérilet parce que je refuse d’infliger cela à mon corps. Est-ce que je suis extrémiste ? Est-ce que je suis ridicule de m’opposer à un moyen de contraception qui est aujourd’hui devenu la norme?  

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3 Comments

  1. Et le stérilet non hormonal? C’est juste une piste…
    Le stress des règles qui se font désirer je crois que nous avons toutes connu ça au moins une fois dans notre vie. Une fois que c’est passé, on respire!

    Aimé par 1 personne

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