No way back

« I am standing on the edge of a cliff and I know I have come too far to go back now. Even if I could, there is no way back and as much as I will long to turn around in times to come, I can only go forward now. »

Une personne que j’admire beaucoup a écrit ça il y a quatre ans et cela raisonne aujourd’hui en moi comme jamais encore auparavant.

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Toute la semaine fut de gros points de suspension. Des réponses en attentes, des visites à venir. Dans la nuit je sentais Nathan me prendre dans ses bras. Sa chaleur et sa douceur était une enveloppe dans laquelle je m’enroulais en somnolant doucement, essayant d’oublier la deadline qui se rapprochait. Nous n’avions plus que cinq jours pour trouver un appartement, le propriétaire du studio où vivait Nathan voulait louer à la fin de la semaine…

Nous avons pu caler visite après visite chaque jour de la semaine. Jongler entre celle-ci et notre travail respectif n’était pas facile. Je due prendre sur moi et visiter des appartement seule. Je tombais la plupart du temps sur des endroits assez vieux et sombres pour des prix exorbitants. Je tranchais assez rapidement.

On arriva à gérer jusqu’à la nuit du mercredi au jeudi. Nasser me prit dans ses bras et je me sentis tout d’un coup étouffer. On eut une longue discussion jusqu’à l’aube. Je lui ai avoué que j’avais peur de lui parfois, peur de sa force, peur de sa passion, peur de son amour. Quand il me prend dans ses bras je sens qu’il pourrait faire ce qu’il veut.  Cette force c’est aussi ce que j’aime chez lui, une force rassurante et protectrice qui me donne l’impression qu’il peut être ce rempart contre les autres, contre moi-même, un rempart fait de chair et d’amour.

Même à moitié endormi je me suis surprise à trouver les mots pour lui parler de mes peurs. Le stress de la semaine et cette étape de notre vie que l’on passe ensemble est tellement intense que l’on en souffre, cela réveille des angoisses, des malaises auxquels nous n’avons pas fait assez attention… La peur de l’abandon, de l’étouffement, de la violence…des peurs que je n’ai jamais ressenti avec autant de force auparavant. J’ai mon diaphragme qui se bloque, j’ai du mal à respirer, le corps de mon amoureux à mes côtés me semble alors trop chaud, trop envahissant. Je sens que j’ai besoin de prendre du recul, de faire sortir ce que j’ai en moi, quitte à détruire cet état d’euphorie omniprésent et la joie de commencer cette nouvelle vie.

Je veux qu’il sache ma vérité, qu’il l’entende et l’accepte. L’honnêteté ça a toujours été en moi, dire ce qu’il y a à dire, sans prendre de pincette ou faire de fioriture parce que quand je parle de ce que je ressens il est impossible pour moi de jouer un rôle. Je me demande si ce « défaut » me passera un jour, en essayant de mettre des masques, en essayant de prétendre être une adulte peut-être…

J’ai peur qu’il ne l’accepte pas alors je ne peux pas m’empêcher de lui dire « mais cela ne change rien à ce que je ressens pour toi »… parce que je l’aime et les mots me manquent aussi pour décrire ce que je ressens…

Je lui dis tout. Et comme à son habitude, il m’écoute avec attention, son visage presque collé au mien dans l’obscurité. Je peux tout juste discerner son regard sur moi, prêt à entendre le pire. Lorsqu’il me répond ce n’est pas pour balayer d’un revers de main mes paroles. Il va plus loin, développe mes idées comme si elles étaient sienne et je suis émerveillée par la façon avec laquelle il peut lire en moi… et juste comprendre. C’est une des raisons pour lesquelles je l’aime autant. Il a cette sensibilité et cette intelligence émotionnelle que tous les hommes que j’ai fréquenté auparavant n’avaient pas. Il a cette ouverture et cette manière à lui de tout remettre en question, même lui, ses choix, ses idées.

Il m’explique encore une fois, sans que je puisse vraiment le comprendre, qu’avant moi il ne montrait rien, avant moi il ne disait jamais ce qu’il ressentait. « Avant moi », cela me semble tellement étrange de dire cela quand on a l’impression de connaitre cette personne depuis toujours. J’ai aussi du mal à imaginer que cet homme aussi passionné et à cœur ouvert ait pu être autrement dans cet « avant ».

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Les premières clefs. Je tiens dans mes mains les premières clefs de notre appartement. Je n’arrive pas vraiment à réaliser ce qu’il se passe. Je nage dans un bain de douceur et de rire. Nathan tient ma main et marche à mes côtés. Nos yeux pétilles de joie malgré la fatigue et le stress accumulés pendant ces trois semaines de recherches, d’échecs, de renoncement. Trois semaines à chercher un appartement qui nous irait, trois semaines à se projeter dans des lieux inconnus, s’imaginer une vie, un quotidien, aimer ces idées un peu fugaces pour finalement devoir les effacer au fur et à mesure, le cœur serré.

La dernière semaine a été l’une des plus dures, j’ai pleuré de peur, de fatigue, d’angoisse, j’ai pleuré dans ses bras, incapable de savoir vraiment pourquoi. Un sentiment de culpabilité. Je voulais que tout s’arrête, oublier la situation critique dans laquelle nous étions. Plus que quelques jours avant de se retrouver sans rien, à la rue. Nous savions qu’il y avait un risque mais les solutions étaient là, on le sentait tous les deux. Il fallait juste que l’on nous donne notre chance ou que l’on tombe sur la bonne opportunité.

Nos efforts ont fini par payer et on a trouvé notre « chez nous ». C’était critique, inattendu, un couple d’inconnus. J’aurai aimé leur demander « pourquoi ? », « pourquoi nous ? », était-ce notre air un peu hagard et désespéré, notre jeunesse, notre échange rapide et joyeux ?… J’aimerai pouvoir décrire ce sentiment de soulagement et de gratitude envers ces gens…Des gens simples qui n’ont pas réfléchi plus de 24 h, qui n’ont pas cherché plus loin que ce qu’ils voyaient devant eux, des gens qui nous ont fait confiance au moment où on a passé le pas de leur porte.

Il y a eu tellement d’autres portes, d’autres regards et comportements moins appropriés. Des regards et des paroles qui blessent, qui nous donnent l’impression que l’on ne mérite pas notre bonheur, notre indépendance. Des paroles qui nous font comprendre qu’on n’a rien à faire là, que l’on ne sera jamais les premiers choix. Ces regards et ces paroles, Nathan les ignore. Il est tellement fort, je ne le suis pas autant, chaque coup me fait un peu plus flancher, douter. J’aimerai pouvoir dire que j’ai été celle qui repartait de plus belle après un échec, celle qui se relevait après que toutes nos pistes se soient épuisées. Il n’en est rien. J’ai pleuré, j’ai tremblé en cherchant fébrilement d’autres pistes, j’ai serré les dents pour refaire des dossiers, recommencer à programmer des rendez-vous, des déplacements dans tout Paris, essayant de ne pas laisser passer ces abominables pensées qui vous mettent à genoux : « ça ne sert à rien », « on n’a aucune chance », « il y aura toujours un meilleur dossier », « on ne mérite pas autant ». Des pensées qu’il faut enterrer sous des gestes mécaniques, des planifications de semaines, des séries Netflix.

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Je suis peut-être folle mais d’une certaine manière je sais que j’ai pris plaisir à tout cela. Comme l’ombre dépendrait de la lumière, tout ce désordre, ces points d’interrogations…étaient source d’une violente envie de vivre, une envie qui grandit de jour en jour et qui illumine le chemin sur lequel je marche.

C’était intense, fort et nous étions là l’un pour l’autre à chaque seconde…Comme dans toute aventure il y a des péripéties et celle-ci n’est sans doute pas la dernière.

On ne s’en rend compte uniquement lorsque cela arrive : les efforts payent toujours. J’ai l’impression de ne pas arrêter de me plaindre et de pleurer sur mon sort. Pourtant je suis pleinement consciente et reconnaissante de la chance que j’ai d’avoir un compagnon comme Nathan, d’avoir une famille, des amis, d’avoir toutes ces nouvelles aventures dans mon quotidien…reconnaissante de vous tous, qui me lisez avec bienveillance, sans aucun jugement pour ce que je pense, vis, écris…

 

 

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